FENETRE OUVERTE sur la POLITIQUE

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Rédigé par Rem-isterio le 11 juin 2011

Cette semaine, nous nous penchons sur une autre figure politique alternative qui prend de l’envergure : Marine Le Pen.
Tout commence par son élection à la tête du Front National [1] (le 16 Janvier 2011) : en effet, la figure emblématique de la droite nationaliste, Jean-Marie Le Pen, passe la main à sa propre fille, non par un choix pleinement assumé, mais par une préférence proférée à demi-mots, et bel et bien entérinée par les militants frontistes.

Depuis lors, on peut parler d’emballement : représentant une figure nouvelle de l’extrême droite (la tendance monarchiste et catholique traditionnellement présente en moins), elle surfe sur la vague des diverses problématiques identitaires et nationalistes, évoquant cependant une conception nouvelle moins développée par son prédécesseur : la laïcité.

Les sondages lui prédisent des scores sans précédent, les élections locales lui confirment une tendance favorable, et l’on peut ainsi dire que Marine Le Pen a le vent en poupe.

Comment le Front National est « dopé » par sa nouvelle dirigeante, et comment celle-ci profite du contexte politique ?

Divergences et ressemblances vis-à-vis de son père : la clé d’un mélange réussi ?

Les divergences


-Une rhétorique différente :
Alors que Jean-Marie Le Pen a toujours privilégié la défense de la Nation, la Patrie Française, prônant un rassemblement national, il semblerait, selon lui-même d’ailleurs, que sa fille soit davantage influencée par le républicanisme, s’inspirant volontiers de concepts très ancrés dans la conception française de la République, et notamment l’idée de laïcité (même si son usage n’est pas innocent, et qu’il s’accompagne d’une critique de l’islamisme). Ce changement peut-être significatif d’une nouvelle réflexion sur la conception de la politique en France, et Jean-Marie Le Pen le reconnaît lui-même [2] , même si cette tendance reste à confirmer.

-Des divergences historiques très marquées :
Jean-Marie Le Pen a, à de nombreuses reprises [3], entretenu des visions très particulières de la seconde guerre mondiale, estimant tantôt que « les chambres à gaz étaient un point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale », ou encore que « l’occupation allemande n’avait pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550 000 kilomètres carrés ». Marine Le Pen, quant à elle, s’inscrit à contre-courant de ces idées, estimant par exemple que la Shoah fut « le summum de la barbarie » [4], divergence un peu plus tranchée.
De plus, alors que Jean Marie Le Pen fut longtemps un homme politique considéré comme de l’anti-gaullisme (notamment en étant proche de Jean-Louis Tixier Vignancourt [5]), Marine Le Pen se pique quant à elle à glorifier le Général de Gaulle [6], concernant l’indépendance monétaire et les « combats républicains » menés selon elle par le premier président de la V° République.

-Une vision nouvelle des alliances internationales :
Jean-Marie Le Pen a souvent affiché une position radicale concernant le complot juif ou sioniste [7], allant même jusqu’à entretenir, à contre-pied, quelques relations diplomatiques non négligeables avec des dirigeants arabes (qu’ils soient du panarabisme, comme par exemple avec Saddam Hussein en 1991 [8], ou encore plus liés à l’islam, comme par exemple par une vision plus tolérante vis-à-vis de l’Iran, et presque pro-palestinienne comme peuvent nous l’illustrer plusieurs vidéos [9] [10].
A l’inverse, Marine Le Pen entretient une opinion tout à fait nouvelle vis-à-vis de son père : d’une part, en étant beaucoup plus critique que son père vis-à-vis de l’islamisme, notamment par diverses réactions critiques relatives aux prières de rue ; d’autre part en voulant également se rendre en Israël en 2006 par une délégation du parlement européen, après avoir adhéré dès 2005 à un groupe d’études « France-Israël » de cette institution [11], et enfin en s’y rendant effectivement au printemps 2011 [12].
Ces changements notoires sont illustrés par Farid Smahi [13], ancien membre du bureau politique du FN, selon qui le parti « est financé par l’Etat d’Israël pour faire de l’anti-islamisme » [14], déclaration qui, si elle ne peut-être objectivement vérifiée, a au moins le mérite de corroborer ce changement idéologique si important entre Marine Le Pen et son père.

Les ressemblances


Il faut cependant préciser que Marine Le Pen conserve une position inchangée vis-à-vis de ce que fut le Front National depuis sa création en 1972.
Tout d’abord, le nationalisme, fondant le discours et les actions politiques du Front National, reste relativement identique : exaltation de la culture française et de la francophonie (par exemple par l’idée de quotas de diffusion d’oeuvres culturelles françaises [15]), du sentiment national (rassemblement et défilé du 1er Mai, Fête des Bleu-Blanc-Rouge) et de la souveraineté (critique assez poussée de l’Union Européenne comme union politique).
Ensuite, 3 thèmes de campagne majeurs révèlent un fond idéologique commun entre Marine Le Pen et son père.
-En premier lieu, concernant l’Euro, l’un comme l’autre ont une vision globalement identique : ils sont tout deux favorables à la sortie de l’Euro comme monnaie unique, et donc par ce fait pour le retour au franc, et l’un comme l’autre ont deux raisons principales : d’une part la volonté de retrouver une souveraineté monétaire propre (et non dictée par la Banque Centrale Européenne, qui mène une politique d’Euro fort), en atteste la création d’un « ministère des souverainetés », et d’autre part la volonté de retrouver une politique plus souple et plus pragmatique en matière économique, en évoquant notamment, après retour au franc, une dévaluation de celui-ci.
En matière monétaire, le père comme la fille préconisent également l’abrogation de la Loi du 3 Janvier 1973, interdisant à l’Etat Français d’emprunter à la Banque de France, toujours dans une idée de souverainisme et d’un certain étatisme économique.
-Concernant l’immigration et la sécurité principalement, les thématiques restent fondamentalement les mêmes.
Contrôle très strict des flux migratoires, restriction du rassemblement familial, suppression des « pompes aspirantes », sont des solutions depuis longtemps proposées par le Front National, quel que soit son président.
En matière de sécurité et de justice, les solutions de fond sont également très semblables de père en fille, et démontrent d’une certaine sévérité lorsqu’elles sont comparées avec les solutions proposées par les autres partis politiques : réforme de la majorité pénale, proposition de rétablissement de la peine de mort, constructions de nouveaux établissements pénitentiaires, présomption de légitime défense des forces de l’ordre, suppression des mesures de réduction ou d’aménagement de peines [16] [17].
-La vision de l’Europe politique est également partagée par Marine Le Pen et son prédécesseur à la présidence du Front National (ils furent d’ailleurs ensemble députés au Parlement Européen, aux côtés des non-inscrits) : tous deux détracteurs de la tournure actuelle et politique que prend l’Union Européenne, et dénonçant une perte de souveraineté populaire ou étatique sur de nombreux domaines (immigration, monnaie, politique économique et budgétaire, traités institutionnels rejetés mais malgré tout entérinés), ils sont davantage favorables à une Europe des Nations, permettant des collaborations dans un certain nombre de domaines de compétences (recherche, économie, …), mais rejetant toute unité institutionnelle et politique à tendance fédéraliste et aux conséquences selon eux libérales et globalisantes (niant ainsi toute identité culturelle ou nationale propre).
Cette vision souverainiste, voire nationaliste, de l’Europe, est assez marginale dans le paysage politique français, et assez bien résumée sur une vidéo de Jean Marie Le Pen (en deux parties) [18], et prolongée pour l’essentiel dans le programme actuel du Front National [19].

Il est donc apparent que Marine Le Pen, dans sa stratégie politique, cherche à détacher l’image de son parti de celle de son père, à de nombreuses reprises mal perçue dans l’opinion publique, dans l’optique d’une plus grande « respectabilité » (désolé pour ce mot sans grande signification en l’espèce, aucun autre ne me venant à l’esprit) du Front à l’égard de ses détracteurs comme des électeurs ; et ce sans pour autant perdre de vue les thèmes fondamentaux qui font l’engagement politique de ce parti nationaliste.
Cette position difficilement tenable par moments, et qui ne fait pas l’unanimité, au parti comme dans les divers autres courants de l’extrême droite, peut cependant ouvrir Marine Le Pen à un électorat nouveau et à des meilleurs résultats électoraux sur la durée. Bien évidemment, ce n’est qu’une possibilité, et seules les élections nous le dirons (même si les dernières cantonales furent relativement concluantes pour le FN au point de vue des résultats).

Comment la Gauche et la Droite entretiennent le feu tricolore ?

Gauche comme Droite, les principaux partis politiques ont longtemps su assurer, tour à tour, une alternance sur le paysage politique français, malgré la progressive ascension qu’a connu le parti nationaliste depuis les années 1980′, et chaque parti à même vu dans le FN une occasion de se faire la part belle sur ce paysage politique.

FN, le jouet cassé de l’échiquier politique français


Au début des années 1980′, Jean-Marie Le Pen connaît une période difficile du point de vue de son engagement politique : depuis 1972, date de création du FN, son meilleur score électoral fut obtenu aux élections législatives de 1973 (1,33%), et il ne retrouvera un siège de député qu’en 1986 (soit 14 ans d’attente après 2 législatures connues entre 1956 et 1962). Pis, il n’a pu, faute de réunir les 500 signatures requises, présenter sa candidature à l’élections présidentielle de 1981.
Néanmoins, son sort politique va grandement s’améliorer lors de la présidence de François Mitterrand. Et pour cause, la télévision, encore majoritairement publique, et non sans lien avec le pouvoir politique, sera peu à peu ouverte au leader frontiste, et ce par l’intermédiaire d’une connaissance commune entre Jean-Marie Le Pen et François Mitterrand : il s’agit de Guy Penne [20] [21] [22].
Le FN reprend donc une activité politique importante, et les résultats électoraux bondissent avec, pour consécration, l’arrivée à l’Assemblée Nationale de 35 députés du parti (grâce aux élections législatives à la proportionnelle, initiée par le Président de la République d’alors).
Cette situation était cependant loin de déplaire à la Gauche à cette époque. Et pour cause, malgré l’antagonisme idéologique évident, la gauche y trouve 2 avantages conséquents : diviser la droite, souvent importante par diverses alliances entre l’UDF et le RPR, et surtout gonfler les rangs militants d’une gauche nouvelle, plus axée sur le thème de l’antiracisme (création de SOS Racisme en 1984) qui sera alimenté par la montée médiatique et politique de Le Pen et son parti.

Néanmoins, cette situation si avantageuse pour la Gauche (dont le meneur a volontairement suscité le renouveau du FN) se révèle aujourd’hui passée, et là encore de 2 points de vue.
Tout d’abord, le PS actuel a encore du mal a exprimer un avis uni et ferme sur des thématiques déterminées : sécurité, justice, immigration (en témoignent notamment des positions divergentes dévoilées surtout par Manuel Valls [23]). Et surtout, en modifiant sa stratégie électorale, et en étant plus consensuel dans ses visions économiques et sociales [24], le Parti Socialiste s’est détourné d’une grande partie du vote populaire ou ouvrier qui devrait faire sa force (et l’a fait lorsque François Mitterrand s’est allié aux communistes), lequel est allé grossir pour une bonne partie les électeurs du Front National, notamment en 2002 [25], phénomène qui pourrait se maintenir, sinon se confirmer, au vu du programme (surtout économique [26]) proposé par Marine Le Pen.

Quant à la droite, elle fut bien longtemps désavantagée par une telle situation, et Michel Noir disait alors que le RPR avait à l’époque « le choix entre perdre les élections et perdre son âme ». Et il ne faut pas croire que la question des relations entre la droite « classique » et l’extrême droite (d’aucuns diront « droite nationale ») est aujourd’hui tranchée. En attestent des comportements très divers de la droite : entre les valeurs communes de Charles Pasqua avant le 2nd tour des présidentielles de 1988 (le ministre de l’Intérieur de l’époque affirmait en effet dans « Valeurs Actuelles » que « sur l’essentiel, le FN se réclame des mêmes valeurs que la majorité ») et le refus d’un débat [27] au second tour des présidentielles de 2002 par Jacques Chirac, entre la constitution d’un front républicain aux municipales partielles de Hénin-Beaumont [28] et un programme proche de celui du Front National en 1990 [29], force est de constater que les positions de la droite classique sont souvent ambiguës. Cette ambiguïté s’est également manifesté par exemple lors des élections régionales de 1998, au cours desquelles quatre hommes politiques de la majorité (quatre UDF, dont Charles Millon) avaient passé des accords « secrets » avec le Front National pour être réélu au poste de président du conseil régional ; « tout ça pour garder une bagnole et un chauffeur » déplorera Philippe Séguin, lequel sera suivi dans la contestation d’une telle stratégie par Jacques Chirac, qui invitait ses troupes « à ne pas se compromettre avec le FN ».

Il fut un temps durant lequel Nicolas Sarkozy avait trouvé un certain équilibre, ce qui lui a probablement valu la victoire aux présidentielles de 2007 : tout en sachant se démarquer de Jean-Marie Le Pen sur certains points (voir notamment sur l’immigration [30] ou sur l’Europe [31], apparaissant dans le 2° cas non tant dans la réponse quelque peu clownesque du Président mais plutôt dans la vision atypique proposée par le leader frontiste qui va en contradiction avec la vision européenne de Nicolas Sarkozy, fervent défenseur du traité de Lisbonne [32]), Nicolas Sarkozy a parfaitement su adapter son discours politique, lors de la campagne des élections présidentielles de 2007, reprenant sans complexe les thèmes et même dans une certaine mesures les idées du parti nationaliste, dans une stratégie de conquête des voix du Front National directement inspirée de Patrick Buisson [33]. Par cet équilibre trouvé, Nicolas Sarkozy a clairement profité de la présence du Front National, ayant réussi à son tour à se « payer sur la bête » (laquelle avait tant causé de torts à la droite par le passé) et s’assurant ainsi un carton plein : 31,18% dès le premier tour contre seulement 10,44% pour Jean Marie Le Pen.

Néanmoins, de nouveau, l’équilibre semble fissuré, et l’UMP pourrait finalement voir son électorat de 2007 amoindri. En effet, le choix « FN-PS » n’est toujours pas clair, en témoignent les nombreuses consignes de vote au second tour des élections cantonales, incitant souvent à ne pas choisir entre PS et FN, ce qui discrédite l’UMP sur sa gauche (d’où en partie la volonté à peine voilée d’émancipation du Parti Radical et du Nouveau Centre) mais surtout sur sa droite, ce qui relativise grandement les postures très à droite qu’à pu entretenir le président de la république alors qu’il était encore candidat. De plus, si les thématiques ont été reprises par Nicolas Sarkozy, les mesures ou les résultats n’ont pas forcément toujours été au rendez-vous (il suffit de consulter les premiers chiffres sur l’immigration du gouvernement actuel pour se rendre compte que « l’immigration choisie » voulue par Nicolas Sarkozy est globalement un échec [34]).

Ainsi donc, à Droite comme à Gauche, le Front National fut une force politique d’appui, plus ou moins directe, ayant permis tantôt aux uns tantôt aux autres de remporter des succès électoraux. Néanmoins, le parti nationaliste semble aujourd’hui s’affirmer, en cela que ni le PS ni l’UMP ne peuvent actuellement jouir comme ce fut le cas par le passé d’un FN fort « mais pas trop ». Marine Le Pen se glisse donc dans un contexte assez favorable pour renforcer son influence sur la scène politique.

Le Front Républicain, une rhétorique dépassée ?


Actuellement, sur la scène politique, à gauche comme à droite, les résultats de certains sondages (certes à relativiser, mais dépeignant une certaine tendance à, à peine, 1 an des élections présidentielles) très en faveur de Marine Le Pen inquiètent, et ainsi chacun des deux partis peut ne pas parvenir au 2nd tour des présidentielles dans moins d’une année.
Ainsi, la stratégie vis-à-vis du FN s’exacerbe encore : l’on est plus à une unique diabolisation du parti nationaliste (ce qui était, au moins sur la forme, plus facile et plus facilement démontré du temps du père du fait de ses divers excès, qu’actuellement avec la fille Le Pen), on tend de plus en plus vers la création de « fronts républicains », pendant les municipales partielles de 2008 à Hénin-Beaumont (voir infra) mais également et surtout durant les élections cantonales de 2011. En effet, lors de duels entre PS et FN ou UMP et FN, les deux partis politiques principaux invitaient à un front républicain. S’il est fort logique que ce fut le cas sur instigation du PS lorsque celui-ci n’était pas présent au second tour, tel n’était pas forcément aussi aisément concevable lorsque le PS faisait face au FN, et bon nombre de notables de la majorité présidentielles invitaient à voter en faveur du PS (François Fillon entre autres), ce qui fut néanmoins l’objet d’un désaccord au sein du parti présidentiel [35]. Il m’est avis, néanmoins, que poser en ces termes le débat est une erreur stratégique de la part des partis traditionnels, tant sur le fond que sur la forme.

Sur la forme, effectivement, il faut comprendre le vote du FN : celui-ci est principalement le fruit du désespoir face aux partis souvent qualifiés « du système » (« tous pourris ») et le fait que les principaux protagonistes de ces partis prônent ensemble un rassemblement républicain exacerbe le vote Front National. Comme le disait un conseiller de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 lorsque celui-ci entretenait un discours proche de celui du FN en certains points, « plus ça vocifère [sous entendu la bien pensance, les élites], plus on engrange ». Il semblerait que ni la droite ni la gauche n’aient retenus la leçon, pour autant que ces premiers l’ait appliqué et que les seconds en aient fait les frais.
C’est également une manière bien inutile de parler de Le Pen (que ce soit la fille, le père, le parti), car perdre son temps à des querelles idéologiques sans intérêt pour tenter de marginaliser le FN (dans une position victimaire que celui-ci sait exploiter), c’est faire le jeu des nationalistes. Ainsi, comme le rappelait si justement Pierre Poujade : « Si vous voulez faire du mal à Le Pen, ne parlez pas de lui ». Il convient donc de débattre sur le fond des problèmes avec ce parti (ce qu’il conviendrait de faire avec tous me direz-vous, et certes nous en sommes bien loin en toute part).

Et venons en au fond de ce discours si dévoyé à présent. L’on entend en fait de plus en plus le caractère « anti-républicain » du discours nationaliste. Pourquoi pas, après tout ? Mais les quelques exemples typiques que l’on retrouve aisément pour justifier d’une telle position sont sans rapport : « Le FN est pour la peine de mort » (et la République telle que nous la vivons encore de nos jours a eu lieu suite à un bain de sang, qu’elle n’en était pas pour autant moins républicaine), « Le FN est contre la loi Veil » (position à éclaircir, Marine Le Pen ayant il me semble quelque peu évolué sur le sujet, ce qui n’a par ailleurs aucune espèce de rapport avec une conception républicaine du pouvoir politique), « Le FN veut une politique sécuritaire », … . Bref, une foule de propositions que tout le monde a la possibilité de contester, mais qu’il est inopportun et faux de procéder ainsi par le prisme des « valeurs républicaines » ou bien encore du républicanisme. Effectivement, la majorité du temps, ce n’est pas le républicanisme de ce parti (qui n’est à mon sens ni nécessairement Républicain ni nécessairement anti-républicain) qui doit-être remis en cause, mais sa vision relative aux libertés, à la société, à la France.

Ce débat sur l’aspect républicain du FN est finalement, comme le dit à mon avis justement Philippe Bilger [36], « une commodité [qui] réside dans une réprobation morale par principe, qui évite d’entrer si peu que ce soit dans l’analyse de propositions et d’un programme qualifiés d’absurdes pour l’essentiel, mais dont la réfutation, d’une part, n’est pas si simple et d’autre part les mettrait au rang des projets à discuter, donc admis comme plausibles au même titre que les autres, perçus, eux, comme honorables. Ils bénéficieraient en quelque sorte d’une prime de respectabilité technique ».
La majorité de la classe politique s’attarde donc volontairement sur un débat leur permettant d’acquérir une spécificité morale à peu de frais, tout en marginalisant un peu plus un parti qui pourtant rassemble une part non négligeable de la population. Il n’est pas certain que la stratégie soit payante, car cette marginalisation ne va pas dans le sens de l’unité nationale dont tous, peu ou proue, se réclament.
On a finalement l’impression que, face aux débats de fond et aux propositions concrètes, les partis classiques n’ont à opposer que le débat idéologique et dogmatique relatif à la sacro-sainte République (s’accompagnant le plus souvent de procès d’intention peu étayés) laquelle a une définition si large et si personnelle au gré des individus qu’on y perd son latin et par la même occasion le temps de débattre de manière sérieuse, d’égal à égal, avec la même considération, face à Marine Le Pen.

Qu’attendre du Front National aux élections présidentielles de 2012 ?

Pour lors, même si le premier mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy est déjà bien avancé, il est encore trop tôt pour se prononcer utilement et avec certitude sur les futurs résultats, quels que soient les candidats ou les partis (même si l’on sait d’ores et déjà que Marine Le Pen, présidente du FN, sera candidate). Néanmoins, il convient de préciser deux choses.
En premier lieu, force est de constater qu’en dépit de ce qui fut brièvement annoncé juste après les élections de 2007 (présidentielles puis législatives), le Front National reste relativement influent sur la scène politique nationale. En effet, non seulement Jean-Marie Le Pen essuie une grosse déconvenue aux élections présidentielles (10,44% de suffrages exprimés, contre 16,86% en 2002), mais le pire arrive juste après, lors des législatives, avec seulement 4,29% des suffrages exprimés en faveur du parti nationaliste, contre 11,34% en 2002). Deux importants revers électoraux qui relativisent l’importance du FN et amoindrissent ses ressources financières.

A la suite de ces évènements, d’aucuns ont estimé que le FN avait perdu son hégémonie après une apogée en 2002 (puis quelque peu en 2005 suite au non au référendum sur un traité constitutionnel européen), comme par exemple dans les médias [37], ou encore selon certains hommes politiques (Eric Besson [38], ou encore Nicolas Sarkozy [39] comme nous l’avons déjà vu).

Pour autant, ces analyses se sont peut-être révélées quelque peu hâtives : passé une période de doute, le Front National a résolu ses problèmes financiers (notamment en vendant son célèbre Paquebot [40]).

Mais surtout, les résultats électoraux du Front National sont de nouveau en hausse : de seulement 0,93% (!) de suffrages exprimés aux municipales de 2008, on passe à 6,34% aux européennes de 2009, puis à 11,42 aux régionales de 2010, et enfin à 15,02% aux cantonales de 2011. Une progression très importante, à peine relativisée par une très forte abstention.
Ces résultats en hausse confirment un certain nombre de sondages (ayant fait couler beaucoup d’encre) attribuant à Marine Le Pen des résultats électoraux autour de 20% pour les prochaines échéances [41], et s’il apparaît évident que ces sondages ne sont que très peu représentatifs de la réalité, ils semblent confirmer une certaine tendance vers un renouveau du Front National pour 2012.
On peut donc s’attendre à ce que le Front National soit de nouveau un parti influent d’ici à 2012, et même peut-être qu’il retrouve un rôle d’arbitre, de 3° parti de France qu’il avait perdu en 2007 au profit de François Bayrou.

Rémi Decombe.

Sources et Références

[1] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/marine-le-pen-remporte-67-65-des-voix_952882.html?xtor=x
[2] http://www.europe1.fr/Politique/Le-Pen-admet-des-differences-avec-sa-fille-E1-382131/
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Le_Pen#Propos_pol.C3.A9miques
[4] http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gbHzi-jUVUll2spbgIX3WaC2Qtgw?docId=CNG.bb0bbeebc4bf4f53ce9f72398666e943.491
[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Louis_Tixier-Vignancour
[6] http://chardon-ardent.blogspot.com/2011/05/la-marine-le-pen-celebre-de-gaulle_01.html
[7] http://www.liberation.fr/france/0109210336-le-pen-chirac-est-aux-mains-du-complot-juif-reiterant-ses-provocations-antisemites-le-leader-du-fn-s-en-est-pris-au-president
[8] http://www.dailymotion.com/video/x99hci_le-pen-recontre-saddam-hussein-en-1991_news
[9] http://www.youtube.com/watch?v=yI7z9JsK4NE&feature=player_embedded#at=147
[10] http://www.youtube.com/watch?v=yI7z9JsK4NE&feature=player_embedded#at=147
[11] http://www.liberation.fr/politiques/0101551096-europarlement-marine-le-pen-s-inscrit-a-france-israel
[12] http://www.marianne2.fr/Marine-Le-Pen-en-Israel-les-raisons-d-un-eventuel-voyage_a204472.html
[13] http://fr.wikipedia.org/wiki/Farid_Smahi
[14] http://www.youtube.com/watch?v=SSwXAhRJ0MY&feature=player_embedded
[15] http://www.frontnational.com/?page_id=1155
[16] http://www.frontnational.com/?page_id=1095
[17] http://www.frontnational.com/?page_id=1101
[18] http://www.dailymotion.com/video/x6d10l_fn-le-pen-sur-l-union-europeenne-2_news
[19] http://www.frontnational.com/?page_id=1185
[20] http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Penne
[21] http://uniondespatriotescontrelepen.hautetfort.com/archive/2007/02/24/francois-mitterand-et-le-pen.html
[22] Histoire secrète de la Droite Française – Eric Branca, Arnaud Folch – Editions Plon.
[23] http://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_Valls
[24] http://www.blogactualite.org/2010/07/les-2-partis-socialistes.html

[25]http://www.ipsos.fr/ipsos-public-affairs/actualites/vote-pen-reaction-d-france-exasperee

[26] http://www.latribune.fr/actualites/politique/20110408trib000614295/marine-le-pen-devoile-son-programme-economique.html
[27] http://www.ina.fr/politique/presidents-de-la-republique/video/1993060001005/jacques-chirac-refuse-le-debat-televise-avec-jean-marie-le-pen.fr.html
[28] http://www.ladepeche.fr/article/2009/07/05/634749-Municipales-a-Henin-Beaumont-Un-front-republicain-face-au-Front-national.html
[29] http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/politique/immigration%E2%80%86-quand-droite-%C3%A9tait-tr%C3%A8s-%C3%A0-droite20110331.html
[30] http://www.youtube.com/watch?v=EuRFuNe-KpY
[31] http://www.dailymotion.com/video/x65k1g_parlement-europeen-sarkozy-le-pen_news
[32] http://www.lepoint.fr/actualites-politique/traite-de-lisbonne-sarkozy-souhaiterait-que-l-irlande-retourne/917/0/260537
[33] http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Buisson
[34] http://www.ined.fr/fr/pop_chiffres/france/flux_immigration/depuis_1994/
[35] http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/03/21/front-republicain-fillon-contredit-sarkozy_1496582_823448.html
[36] http://www.philippebilger.com/blog/2011/03/etre-r%C3%A9publicain-cest-quoi-.html
[37] http://www.les4verites.com/Le-FN-est-peut-etre-mort-mais-il-est-encore-indesirable-1945.html
[38] http://www.liberation.fr/politiques/0101617742-besson-qualifie-le-fn-d-epouvantail-qui-n-existe-pas
[39] http://www.youtube.com/watch?v=Jepk-IBumHY
[40] http://www.lefigaro.fr/politique/2011/04/27/01002-20110427ARTFIG00667-le-fn-a-enfin-vendu-le-paquebot.php
[41] http://info.france2.fr/politique/2012-marine-le-pen-donnee-en-tete-au-1er-tour-67666923.html

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